Bonjour,

Le printemps frais et surtout très humide entraîne une fonte assez rapide des névés en moyenne montagne, et à l'inverse, le maintien d'un manteau neigeux épais en haute montagne.

Pour illustrer l'abondance des précipitations, on note que les 5 premiers mois de l'année 2016 ont été plus arrosés que l'ensemble de l'année 2015, dans des postes comme Cheylade (1160 mm contre 1120 mm - Infoclimat), La Bourboule (1220 mm contre 1040 mm - Infoclimat), Le Mont-Dore 1200 m (1604 mm contre 1603 mm - Météo-France), etc. Si le névé du Val d'Enfer a été bien entamé par les pluies répétées, il reste encore consistant (photo du 19/06) :

IMG_0504a_Névé

Après la douceur exceptionnelle du début d'hiver et ce printemps qui ressemble à un automne, tout se passe comme si l'on assistait à un "brouillage" des saisons. Le phénomène n'est pas nouveau, car l'expression est tirée d'une pièce de W Skakespeare, le songe d'une nuit d'été, écrite à la fin du XVIe s, où l'auteur fait allusion à la météorologie agitée du moment en Angleterre:

Alors les vents, lassés de leurs vains chants de flûte,
Comme pour se venger ont sucé dans la mer
Des brouillards contagieux qui, tombant sur le sol,
Ont réveillé l'orgueil des plus minces rivières
De sorte qu'elles ont débordé de leur lit.
Aussi le bœuf a-t-il en vain tiré son joug
Le laboureur sué pour rien, et le blé vert
A pourri sans que son enfance ait eu de barbe.
Dans les prés inondés l'enclos demeure vide,
Les troupeaux décimés engraissent les corbeaux,
La boue vient envahir le terrain de marelle;
Les sentiers du dédale entre les herbes hautes
N'étant plus parcourus deviennent indistincts.
Les mortels sont privés des plaisirs de l'hiver.
Plus d'hymnes, de chansons qui sanctifient la nuit.
Aussi la Lune, qui préside à tous les flux,
Pâle de rage, rend humide l'atmosphère,
De sorte que partout le rhumatisme abonde
Et ce climat brouillé dérange les saisons.
Les frimas à tête blanche se répandent
Jusque dans le sein frais des roses cramoisies.
A son front dégarni et glacé, le vieux Hiems
Reçoit, pour se moquer, l'odorant chapelet
Des beaux boutons de l'été. Et l'été, le printemps,
Et l'automne fécond et le hargneux hiver
Echangent leur livrée, et le monde ébahi
A leurs effets dès lors ne peut les reconnaître;

Traduction Jean Malapate dans les Œuvres complètes de la collection Bouquins, tome "Comédies I" p.683

Pour revenir à l'enneigement de 2015-2016, dans les massifs pyrénéens et alpins, le bilan est contrasté. Les valeurs sont faibles, globalement, à moyenne altitude et dans les montagnes proches de la Méditerranée. Le graphique du col de Porte ci-dessous illustre la situation en Chartreuse à 1340 m d'altitude:

 

A l'inverse, en haute montagne, surtout dans les Alpes du Nord, l'enneigement est excédentaire par rapport aux hivers antérieurs récents. D'ailleurs l'enneigement est encore bien présent aux deux balises Météo-France des Ecrins et de Bellecôte, vers 3000 m d'altitude, où l'on relève encore entre 2 m et 2,5 m de neige (graphique d'enneigement de Bellecôte ci-dessous). Le printemps 2016 est donc très favorable aux glaciers alpins.

 

Comme indiqué dans la note précédente, les albums photos de l'hiver 2015-16 et de l'été 2016 on été mis à jour (voir galeries).

Prochain message durant l'été en fonction de l'actualité météo, sinon (et plus probable) à l'arrivée des premières neiges l'automne prochain.

Bonne soirée